Holzminden - Prisonniers en 14-18
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Charles REMY - Prisonnier civil français n° 20985 - Baraque n° 67A
vendredi 27 juin 2008
par Fred HIERNAUX
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Vous trouverez ci-dessous une série de 2 cartes postales et de 2 courriers sous enveloppes envoyés et reçus par Charles REMY, prisonnier à Holzminden. D’après le contenu, il est adjoint à la Mairie de Lille, détenu depuis le 20 août 1917, il est passé tout d’abord par Bonn, avant de rejoindre le camp d’Holzminden. On constate aussi la lenteur du courrier au départ, puisque les 2 lettres sous enveloppes qu’il écrit à son épouse comporte un cachet de Lille un mois après.

1 - le 19/11/1917 - Librairie Albert DEWIT, 53 rue Royale à Bruxelles (Belgique) à Charles REMY :

" Monsieur,

J’ai eu l’occasion de voir votre ami Louis DELSALLE et je suis heureux de pouvoir vous dire que vos enfants vont bien. Je lui ai promis de vous écrire de sa part et je m’acquitte d’autant plus volontiers de la chose que cela me permet de me rappeler aux bons souvenirs de M. René WIBAUX qui partage votre captivité. Les temps sont pénibles, surtout pour vous tous qui êtes encore loin des vôtres, mais tout nous fait espérer, que bientôt nous verrons la fin de cette calamité. Je suis entièrement à votre disposition si je puis vous faire plaisir ou vous être utile.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments dévoués."

2 - le 07/12/1917 - Mr J. BOISNE, 4 rue Pelouze à Paris (France) à Charles REMY :

" Mon cher Charles,

Je te confirme notre lettre du 1 décembre. Nous attendons impatiemment la même joie que Maurice S. qui a bien reçu ta carte 5 novembre. Nous sommes on ne peut plus heureux de t’adresser ce jour un colis par la poste contenant caleçon et gants de laine et un autre colis de Noël que nous t’avons annoncé dans notre précédente lettre. Notre pensée et notre coeur sont constamment près de toi, tu sais combien nous t’aimons. Nous nous portons tous bien et t’envoyons l’assurance de notre grande affection."

3 - Courrier écrit le 15/11/1917, enveloppe avec cachet du 13/12/1917, de Charles REMY à son épouse, 18 rue des Arts à Lille :

" Ma chère petite femme, mes excellents et chers enfants,

Les cartes précédentes vous annonçaient mon arrivée au camp d’Holzminden. Surpris de cette villégiature forcée je ne le suis pas, car longue j’ai su que ce n’était ni l’abbaye de Loos, ni la citadelle de Lille, mais une prison allemande qui m’était réservée, je ne me suis guère fait d’illusion sur mon sort.

Cependant, à Bonn, dans ma cellule, j’ai tant prié et avec tant de ferveur pour obtenir une libération le 21 octobre, que jusqu’au dernier moment j’ai espéré être exaucé. Dieu ne m’accorde pas cette faveur. Malgré une peine immense, nous devons accepter cette nouvelle épreuve chrétiennement et avec soumission à sa volonté. Faisons courageusement ce nouveau sacrifice, redoublons de prières, unissons nos prières, voulez-vous, pour que cette étape soit la dernière et de courte durée, et que bientôt en récompense de notre généreux sacrifice, Dieu nous accorde de nous retrouver avec Emile, tous ensemble, comme autrefois dans le calme et dans la paix, la paix des nations et la douce paix de famille. Que ce sera bon le jour où je vous retrouverais.

Mon bon Jeannot, te voilà donc encore chef de famille et de maison. Euge fili mi ! Tu voudras bien demander au cabinet H de continuer à me réserver toutes les pièces intéressantes. Respect à Mr le Maire, compliments à tous à la Mairie. Dans une dernière carte, je demandais que Mr le Maire voulut bien faire des démarches auprès de l’autorité allemande afin que je sois rapatrié à Lille, j’ose espérer que je n’aurai pas nouveau désappointement de ce côté.

Je souhaite au moins maintenant que nous puissions correspondre plus facilement. Je n’ai reçu de vous aucune nouvelle depuis de longs mois. Vous ne pouvez vous figurer ce que j’en souffre. J’ai des moments de serrements de coeur et d’angoisses, vous voyant au milieu de mille dangers.

Mr le Maire a eu la bonté de faire prendre de mes nouvelles à Bonn, mais ne m’en donne ni de lui ni de vous, je suis anxieux d’être rassuré ; je lui ai écrit le 1er nov. pour lui faire connaître la nouvelle mesure prise contre son adjoint.

Pour ma part j’ai une santé de fer, je me porte très bien et ai parfaitement résisté au très maigre régime des prisons dont j’ai dû me contenter exclusivement, n’ayant reçu aucun de ces fameux paquets des comités.

Quoique cloitré à Bonn, j’ai fait, dans ma cellule solitaire, assez d’exercices d’assouplissement, physiques, intellectuels et spirituels pour que le "Mens sana in corpore sano" me reste encore après un séjour peu enchanteur. Maintenant j’ai plus de liberté et puis aller et venir dans le camp. Ainsi que je vous l’ai dit, j’ai trouvé ici plusieurs amis très aimables, empressés à me rendre services et à adoucir ma captivité.

Maman Mother a-t’elle fait ce journal au jour le jour que je lui ai demandé ? Si non, qu’elle veuille bien l’écrire une fois par semaine, si c’est trop long, une fois par mois, pour que plus tard je puisse revivre avec vous ces moments de cruelle séparation.

Je vous embrasse tendrement, toi tout d’abord ma chère et bonne petite femme, puis vous mes enfants bien aimés, de bons baisers à chères Emilie, Marguerite, tante Emma. Affectueux souvenir à M.Maurice et à tous tous de la famille.

Votre affectionné. Signé Charles Rémy

Amitiés à Albert et Edouard.

Dites à Albert que c’est avec regrets que je lui laisse la charge, il connait mes vues, qu’il fasse pour le mieux ; je le remercie de tout coeur de ce qu’il veut bien faire en toutes circonstances.

Ci-dessous je vous donne duplicata de la liste des objets que je vous ai demandés précédemment, ne m’envoyez ces dits objets que si vous craignez que la demande de libération soit refusée.

Vieux pardessus à taille, chaussettes laine, gants laine, 2 chemises de flanelle, grands mouchoirs, vaseline, cache nez laine, 1 gilet laine ou mieux un chandail.

J’ai demandé aussi 3 ou 400 mark, je n’ai plus le sou.

Veuillez ajouter :

Ma veste cuir de moto, quelques cols mous rabattus, comme ceux que porte Jeannot, car ici on ne peut blanchir les cols raides, une ou deux cravates très foncées, noir si possible pour aller avec ces cols, 2 caleçons chauds, la paire de bottines Verley.

Albert voudra bien me procurer un agenda 1918 semblable à celui 1917, je le trouverai à mon retour."

4 - Courrier écrit le 30/11/1917, enveloppe avec cachet du 02/01/1918, de Charles REMY à son épouse, 18 rue des Arts à Lille :

"Ma bonne petite femme, mes chers enfants,

C’est l’épreuve, l’épreuve qui fait souffrir, mais c’est l’épreuve qui fait mûrir ; c’est l’épreuve qui affine l’or, polit le fer, trempe l’acier, qui martelle le marbre, ce marbre brut dont chacun de nous doit faire la statue de sa vie à l’image et à la ressemblance du devoir sacrifié. L’épreuve, c’est le travail de Dieu sur une âme qu’il aime.

Ainsi s’exprime Mgr BAUNARD dans son livre "le vieillard", l’as-tu lu, ma chère Marthe, prends donc ce livre dans ma bibliothèque, dans le compartiment de droite, à portée de main, à droite de la planche. Ce livre est broché et recouvert de papier ; lis ce chapitre et tout le livre si tu as le temps, il te donnera du courage. Combien de fois depuis ma captivité j’ai médité ces belles pensées ; et y ai puisé force, énergie qui me font supporter avec sérénité ces moments difficiles.

Le vieux mécréant qui t’a quittée le 20 août, armé du chapelet de corail dont tu as embrassé la croix d’argent, n’a pas passé un jour de sa captivité sans l’égréner ; à maintes reprises il porte à ses lèvres le christ que tu as précisément baisé ; dans cette union de nos maux au pied de la croix, il puise toujours une force nouvelle, une confiance inébranlable.

Je ne suis pas devenu ce dévot qui marmotte des prières du matin au soir, mais cependant, ici dans le camp, j’assiste quotidiennement à la messe, je communie souvent et me suis lié avec plusieurs excellents prêtres, compagnons de captivité ; j’en tire le plus grand bien moral.

Etaient-ce là les vues de Dieu en m’envoyant à Holzminden ? Peut-être, néanmoins c’est avec impatience que j’attends mon retour à Lille ; le Maire t’a-t’il sollicité ? moi-même j’ai fait une demande dans ce sens aux autorités allemandes du camp. Que la volonté de Dieu soit faite !

Aucune lettre ni carte ne me sont encore parvenues depuis ma captivité. Que c’est long et angoissant. Je redoute toujours pour vous ennuis et accidents de toutes sortes ; je donnerais tout au monde pour être rassuré.

La vie du camp est bien monotone et n’étaient quelques bons amis qui m’entourent ce serait insupportable. Je pense à vous à tous instants ; c’est surtout à vos heures de repas que je vous vois groupés 12h 1/2 et 7h 1/2, sont-ce bien toujours les heures où vous vous mettez à table ? Le matin à 8 h, toujours en pensée, je vois Jeannot arrivant au bureau avec Albert et Edouard. Qu’est devenue cette maison si pleine d’activité autrefois, à laquelle j’ai consacré avec tout mon feu mes plus belles années et dont les résultats jusqu’en 1914 répondaient si bien à mes efforts ? Dieu veuille qu’après les hostilités je puisse avec le concours de mes chers Emile, Jeannot et Albert remettre sur pied cette affaire délabrée, et que ce jour soit proche.

Je bavarde et m’aperçois être au bout de mon papier, vite acuittons nous de nos devoirs. Avec quelques jours de retard, j’adresse mes souhaits de Ste Catherine à chère tante Emilie, ma petite Nanou, Melle Marion, ma chère filleule et ses petites soeurs, Louise LEFEBVRE. Par anticipation, je souhaite aussi la St Nicolas à mon bon Jeannot, Mr CHAURANT, dit Oscar, Zézé Pierrot. Marthe fera les cadeaux de circonstance et moi j’offre les voeux et baisers de coeurs.

Serai-je à Lille le jour de l’an, je n’en désespère pas, en tout cas si je ne suis pas auprès de vous, croyez bien que je ne vous oublierai pas, dans mes prières, dans ma pensée ; je vous presserai contre mon coeur, mon âme sera avec vous, mes voeux, ceux que vous connaissez seront formulés avec toute ma foi, avec mon amour pour vous tous que j’embrasse tendrement.

Votre affectionné. Signé C.Rémy

Je serre cordialement les mains d’Albert et d’Edouard, je leur offre mes voeux bien sincères ainsi qu’à leurs collaborateurs.

Jeannot voudra bien demander au secrétariat, cabinet H, s’il est possible que le comité Hispani m’envoye des biscuits, riz, haricots, etc ; vous les payerez bien entendu. Je n’ai encore reçu aucun paquet et la soupe du camp est bien maigre."

 

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Charles REMY - 19/11/1917 - Recto
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Charles REMY - 19/11/1917 - Verso
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Charles REMY - 30/11/1917 - Enveloppe
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